Projet F50073

F50073 : Découverte d'un anticorps anti-JAM-A par une approche fonctionnelle

Afin d'identifier de nouvelles cibles potentielles en oncologie, nous avons réalisé des approches innovantes basées sur (i) l’utilisation d’une source originale d'immunogènes pour l’immunisation des souris, et sur (ii) la génération et la sélection d’anticorps monoclonaux capables d’inhiber la prolifération des cellules tumorales ou d’induire l'apoptose. En combinant ces deux approches, nous avons identifié des anticorps monoclonaux actifs sur les tumeurs et nous avons aussi identifié leur cible par des études protéomiques. Les approches fonctionnelles utilisant des cellules tumorales comme immunogène ont été effectuées pour sélectionner des molécules qui, une fois reconnues par les anticorps monoclonaux (Acms), induiraient une inhibition de la prolifération cellulaire in vitro et in vivo. L’utilisation de cellules cancéreuses de sein MCF-7 a permis d’obtenir une série d’Acms capables de bloquer in vitro la prolifération de ces cellules. La capacité de ces Acms à induire une régression des tumeurs greffées a ensuite été testée in vivo. Un de nos Acms appelé 6F4 inhibe complètement la croissance tumorale dans la souris après injection par voie intrapéritonéale de 1 mg/dose, deux fois par semaine.

 

Les analyses protéomiques basées sur l’utilisation de billes couplées à l'Acm 6F4 en association avec une analyse MALDI-MS suivi d’une recherche dans les bases de données indiquent que l’anticorps 6F4 reconnaît spécifiquement la protéine JAM-A humaine (Junctional Adhesion Molecule-A). L'activité de l'Acm 6F4, initialement observée sur les tumeurs MCF-7 greffées dans les souris, a également été constatée dans des xénogreffes de cellules A431 après l'injection de 1 mg/dose de 6F4 deux fois par semaine. Ces expériences ont montré pour la première fois que le ciblage de JAM-A avec un Acm spécifique est capable d'inhiber la croissance tumorale.

 

animation d'un anticorps

 

Cette observation sans précédent concernant le rôle de JAM-A dans le développement du cancer est confortée par une étude démontrant que la surexpression de JAM-A dans le cancer du sein est liée à un mauvais pronostique (1). JAM-A fait partie de la famille  des molécules  des jonctions  adhérentes  JAM qui contient  3 protéines  (JAM-A ; JAM-B  et JAM-C).  JAM-A  est spécifiquement localisée au niveau des jonctions serrées de l'épithélium et des cellules endothéliales (2-5). Elle est notamment impliquée dans le maintien de l'intégrité des jonctions serrées et dans la perméabilité paracellulaire.  JAM-A peut également former des complexes avec d’autres protéines et sert aussi de ligand pour l'intégrine LFA-1. En plus de son expression sur les cellules épithéliales et endothéliales, JAM-A est exprimée par les cellules du sang, principalement les lymphocytes T et les monocytes  (2-5). Toutefois, l'expression  membranaire  de JAM-A sur les monocytes  est beaucoup plus faible que sur de nombreuses lignées cellulaires tumorales tel que HT29 et BxPC3.

 

Afin de mieux étudier l’expression de JAM-A sur les cellules tumorales par rapport aux cellules normales, une étude par immunohistochimique sur un panel de tissus humains sains et tumoraux a été réalisée à l'aide d’Acm anti-JAM-A commerciaux. Nos résultats ont démontré que JAM-A est une molécule fortement surexprimée dans les tissus tumoraux par rapport aux tissus normaux. Parmi les tissus tumoraux les plus marqués par l’Acm anti-JAM-A, nous trouvons le sein, le poumon et le rein.

L’ensemble de nos résultats montre pour la première fois que JAM-A est impliqué dans la prolifération tumorale et indique que JAM-A est une nouvelle cible potentielle en oncologie. D'autres expériences  sont nécessaires  pour mieux caractériser  le mécanisme d'action de l’Acm 6F4 (6). Ces résultats montrent également qu'une approche fonctionnelle suivie d’une analyse protéomique rigoureuse permet d’identifier de nouvelles cibles permettant le développement d’anticorps prometteurs pour le traitement des cancers.